Interview Siméo

Siméo est en concert dans le cadre du Festival avec le Temps. En première partie de Benjamin Biolay le 18 mars. |
La musique, il la considère comme la seule chose qu'il sait faire. Artiste complet aux influences diverses, Siméo trouve avant tout son plaisir dans la scène, où il se permet des concerts à son image, naturels, sans mensonges. Rencontre avec cet artiste humble et chaleureux.
Tu pourrais nous présenter tes influences ? Dans l'écriture ou musicalement ? Parce que les deux sont intimement liés pour moi. Je ne fais pas vraiment une distinction entre la musique et les textes. C'est à dire, que c'est une inspiration globale que j'essaie d'attraper au passage. Un genre d'entité artistique que j'essaie de construire et qui va s'exprimer et par le texte et par l'image, la scène, etc . Mon inspiration, c'est un peu essayer de synthétiser tout ce que j'aime musicalement et ce que je défends comme valeurs dans la vie. Sachant que je fais partie de cette génération qui, de par internet et de par une réflexion plus globale a fait péter les barrières d'il y a 10/ 20 ans. Aujourd'hui, on n' a pas de soucis à écouter un morceau de Rihanna et un autre de Chopin dans l'heure qui suit. Je veux dire par là qu'on est pluriculturel et multiculturel car on a accès à l'info plus facilement que nos précédents. Et c'est ça aussi mes inspirations. Petite parenthèse sur internet. Tu le considères comme un tremplin, ou plutôt un tort, en pensant par exemple au piratage ? Ca a complètement bouleversé le système économique qu'il y avait autour de la musique. C'est à dire qu'aujourd'hui, le format disque est en train de disparaître. Ce qui était un des plus gros rémunérateurs pour les producteurs et l'artiste est en train de sombrer. Ca bouleverse la façon de faire de la musique, la façon de la penser, le format. Après, j'ai plutôt tendance à dire qu'un bouleversement et un changement c'est bon. Je ne suis pas très passéiste. Je trouve que c'est pas mal car ça privilégie l'instant, la scène, et ça met un peu en danger. Après c'est sûr qu'économiquement ça fait moins rêver pour les artistes et le producteur. En même temps, internet permet de toucher un public assez large rapidement. Et en ce sens ne serait-il pas un moyen facile de se faire connaître ? Avant, pour produire un disque, il fallait trouver une maison de disque. Ca réduisait la quantité d'artistes pouvant produire un disque. Ensuite, il y eut le moment où on pouvait produire un disque à la maison. Aujourd'hui, le format a changé. Donc se faire connaître oui, mais le but c'est de rendre pérenne mon identité artistique. Il y a une évolution dans la façon de travailler tes disques. Tes deux derniers albums étaient plus personnels, tu les gérais un peu seul et pour ce troisième opus tu as opté pour un vrai travail avec différents musiciens. Pourquoi ? Il y a des chances que ce disque face partie des derniers. Pour nous ça veut dire qu'on va faire un grand disque pop, dans la façon de faire, bosser avec des musiciens géniaux et qu'il y a des chances qu'on ne puisse plus jamais le faire. On a quand même grandi là dedans, on a connu ces grands disques des Rita Mitsouko ,de M, on avait envie de faire un disque comme ça . On a fait ce disque un peu pour se faire plaisir et réaliser un rêve de gosse. C'est un peu pessimiste ce que tu dis ? Il y a des chances pour que ce soit le dernier disque en format cd. Je pense que j'en ferai encore un, car il y aura encore la distribution pour le faire, mais après tout passera en numérique. Ca veut pas dire que je vais arrêter de faire de la musique. Seulement, la prochaine fois je distribuerais peut être ma musique en numérique. Moi je suis quelqu'un de scène en fait. Cette nouvelle forme ce serait une façon de faire beaucoup plus de scène ? Moi de base, j'ai cette chance là , c'est la scène qui m'anime . Quand tu fais un disque, tu fais une photo presque. L'évolution de ta création se fait sur scène au quotidien. C'est ça que je montre aux gens au quotidien. Je fais évoluer chaque soir, chaque date ce que je fais. De toute façon mes disques sont radicalement différents de ce que je fais sur scène. Comment ce répertoire évolue-t-il ? J'ai un répertoire de chanson, puisque j'ai trois disques avec en plus une cinquantaine de chansons inédites. Je compose avec ça. C'est à dire que j'ai un squelette de base de spectacle que je fais évoluer aussi en fonction du public. On fait encore beaucoup d'ouvertures et premières parties, tu ne fais pas la même chose quand tu fais la première partie de Dominique A et de Féfé. Ca veut dire que tu peux aller même jusqu'à improviser ? Jouer des chansons pas nécessairement prévues ? Je le fais énormément. Ca c'est aussi l'expérience quand tu as fait 250 spectacles, t'es plus apte à rebondir un peu. Quand tu es seul sur scène c'est très rapide de perdre une salle, pour en avoir perdu et pour en perdre encore parfois aujourd'hui de temps en temps. Ce que les gens viennent chercher, surtout dans des artistes de scène comme ça, c'est la réactivité, un naturel. Je ne cache rien, quand les gens viennent me voir sur scène, ils savent qui ils ont devant eux. Quelqu'un qui n'a envie de faire que ça et qui ne sait faire que ça . Quelqu'un qui donne énormément. Je me suis rendu compte que c'est par là que ça passait. Et moi j'en ai besoin aussi. C'est un métier de sacrifice, y compris socialement, alors si le moment où t'es sur scène tu fais un truc mécanique ça ne vaut plus du tout le coup. Est-ce difficile d'assurer la première partie d'un concert sachant que le public vient essentiellement pour la tête d'affiche ? Ca rend super humble tout ça et la musique c'est des longs processus la création. Il y a des génies qui arrivent plus rapidement que d'autres à trouver leurs sons et affirmer leurs univers. Mais tu prends les mecs au cœur de l'actualité comme Charlie Winston qui a explosé il y a un an . C'est un mec que je connaissais quand il jouait dans les bars à Paris. Il y jouait il y a 4 ans et c'était un illustre inconnu et finalement est ce que c'est pas à ce moment que tu te fais ? J'aime autant prendre le temps , pour moi c'est le schéma idéal. Comment s'est passée la tournée en Asie que vous avez réalisée ? Est-ce qu'une tournée à l'étranger se prépare différemment ? Ca a été un truc complètement fou là bas. Tu imagines bien que quand tu arrives en artiste étranger, européen, français, dans un dans un pays qui a la musique internationale depuis juste 5 ans comme la Birmanie, de toute façon tu es présenté comme si tu étais Johnny Hallyday. A partir du moment où on a eu l'opportunité d'être accepté pour jouer là bas, par derrière tous les médias, les shows les shows étaient là. C'était marrant du coup car on sortait de 3 semaines de tournées en France où on faisait les premières parties, on allait faire ce truc là bas, c'était la vie de rock star. Les médias les télés nous suivaient c'était fou! Ensuite le public, car je chante en français 90% de mes textes et même si je m'exprimais en anglais entre les morceaux, c'est quand même parvenu à passer outre le langage. Ca a été magnifique. Tu as composé pour d'autres c'est une collaboration intéressante ? C'est sympa car quand tu écris pour les autres tu te désinhibes complètement. Quand tu écris pour toi il y a plein de choses que tu n'oses pas dire. Moi c'est même plus, c'est à dire que quand j'écris pour moi, j'ai une tendance à complexifier le propos tout le temps. J'ai peur de la simplicité qui est pourtant l'ultime pour moi, car quand tu vois des Souchon, des Brel il n'y a pas plus simple et pourtant pas plus grand ! J'ai encore peur de ça, quand j'écris pour d'autres j'ai tendance à simplifier mon propos et du coup c'est souvent mieux en fait. Le Festival Avec le Temps, dédié à la chanson française accorde beaucoup d'importance aux découvertes de nouveaux talents. Que penses-tu de ta participation ? C'est assez agréable dans le sens où je suis toujours un petit peu dans un entre-deux. Tiraillé entre ce milieu de la chanson, celui du reggae. C'est très agréable d'être au milieu des pères que j'ai sur un certain coin de ma carrière et de mon travail. Biolay c'est des mecs qui a été un le plus important dans les gens qui font de la chanson actuelle . C'est tellement important pour des artistes comme moi que des mecs comme ça donnent autant, qu'ils soient si brillants et en tête d'affiche c'est un espoir fou. Ouvrir pour Biolay c'est un truc. J'ai harcelé mon tourneur pour le rencontrer. J'attends énormément de cette rencontre, je suis comme un enfant. C'est génial. Siméo sera en concert le jeudi 18 mars, en première partie de Benjamin Biolay. Espace Julien - Marseille - 20h30 - 27€ > Réservations Propos recueillis par Fanny Nicolas et Jean-Baptiste Fontana
Imprimez
cet article -
Invitez
un(e) ami(e) à lire cet article
|