La formation trip-hop connaît actuellement un gros buzz et pour cause ! Leur deuxième album « Hope & Sorrow » présente une musique très travaillée, donnant la part belle aux instrus et aux voix féminines. Jean-Christophe Le Saout , alias Wax Tailor était de passage à Marseille à l’occasion de la Fiesta des Sud ce 31 octobre 2007. Rencontre avec le « tailleur de cire » .
La génèse du groupe. Wax Tailor commence en 2002…
Wax Tailor, ce n’est pas franchement un groupe, c’est un projet avec deux portes d’entrée : la première, « studio » où c’est mon projet personnel. J’y suis un peu chef d’orchestre. Et puis il y a le temps du live, où là, pour le coup, je suis accompagné par des musiciennes, une flutiste, une violoncelliste, une chanteuse et quelqu’un qui travaille maintenant sur tout ce qui est des aspects visuels. Donc sur scène, c’est beaucoup plus proche de l’idée d’un groupe.
Comment se passe ta création, quels outils utilises tu ?
Je suis un petit peu « jurassique » ! ça fait longtemps que je fais de la musique, donc du coup, j’utilise un vieux sampler et des machines plutôt que des logiciels, parce que j’ai commencé comme ça. Pour autant, je ne pense pas que ce soit ça qui définisse véritablement la façon dont je travaille. Si je devais recommencer aujourd’hui, je pense que j’utiliserai un logiciel, parce que c’est plus simple, plus souple. C’est une méthode de travail que j’ai depuis le début, il y a une recherche du son, une « patine », donc je reste un petit peu attaché à ça.
Comment te définis-tu dans le paysage musical ?
On me colle beaucoup d’étiquettes . Honnêtement cela ne me traumatise pas beaucoup. Downtempo, trip-hop, abstract… Mais moi, si je devais ne retenir qu’une seule chose, je dirai que ce serait peut-être, tout simplement, le hip-hop. Je suis venu à la musique par cette culture. Pour moi, c’est la porte d’entrée sur toutes les autres formes de musiques. Le hip-hop , il n’existe pas sans les autres styles. Ouvrir les portes et repousser les barrières me semble être une démarche de base du hip-hop, à partir du moment où tu utilises du sampling.
Après, il y a beaucoup de gens qui sont étonnés de ce qui se passe. On arrive sur un deuxième album où, sur 6 mois, on a vendu 25 000 copies sans avoir de grosse télé derrière nous, sans avoir un gros marketing, alors que le moindre chanteur de chanson française qui parle de ses chaussures avec sa guitare sèche, va faire Taratata avec 2000 copies vendues. Nous, c’est pas encore le cas. J’espère que ça viendra. Du coup, cela veut dire qu’il y a autre chose derrière, qu’il y a un bouche à oreille qui a fonctionné. Et cela devient une musique populaire, dans le sens le plus noble, avec quelque chose d’universel. Il y a encore un travail à faire aujourd’hui , c’est d’aller plus loin, d’aller vers un public plus large. Je ne suis pas dans l’idée où j’ai un public et où je ne m’adresse qu’à lui. Non, moi je m’adresse à tout le monde, j’aimerais vendre deux millions d’albums, ce serait génial !
Ce deuxième album donne la part belle aux invitées. Comment se sont faits ces rencontres et ce choix ?
Sur toutes les collaborations de l’album, il y a en fait deux groupes. Il y a les «quasi-familiales », c’est à dire Charlotte (Savary - photo -NDLR), Marina (Quaisse) et The Others. C’est des amis avec lesquels la question ne s’est même pas posée, c’est venu assez naturellement. Je faisais des démos, je faisais écouter des choses à Charlotte, elle m’en renvoyait d’autres, un échange se faisait comme cela. Sur toute une partie des choses que je peux faire, Charlotte, c’est vraiment la réponse vocale que je cherchais.
Et puis après, il y a les gens avec lesquels j’ai eu des envies un peu plus spontanées. Je savais que le deuxième album serait plus vocal et pour moi, ce qui était important, c’était de garder la direction artistique. Ce que je ne voulais pas, c’était choisir des noms pour des noms. Donc, j’ai commencé par faire des morceaux, avant de choisir des invités. Tel morceau est plutôt soul, il faudrait une chanteuse… Tiens, Sharon Jones, ce serait génial ! Donc, je le lui propose. Un peu comme un rôle, un réalisateur qui monte son film et qui dit : tiens, j’ai un rôle pour toi, et c’est ça.
Quel est ton point de vue sur l’attitude des médias qui s’ouvrent à une musique plus alternative ? Où est-ce le public qui commence à s’intéresser à des sonorités différentes ?
Je pense que c’est le public. Il évolue. Il a quinze ans, quand on faisait du rap, on était vraiment dans des chapelles. C’est-à-dire que, quelqu’un qui faisait du rap, il n’écoutait pas de l’électro, c’était un autre monde. Il y avait un peu de conflits d’intérêt entre les genres. Il y a aussi plein de choses qui se sont retournées un petit peu contre ceux qui les avaient mises en place. Par exemple, Internet, c’est un outil qui est formidable parce que, tout simplement, ça éduque les gens et on y écoute beaucoup de choses. L’oreille du « lambda » n’est pas celle qu’elle était il y a dix ans. Tu rentrais dans une FNAC après avoir entendu un single et tu te disais : « j’achète l’album ». Quand tu rentrais chez toi, tu étais déçu : il n’y avait que deux titres corrects, et le reste c’était du « foutage » ! Aujourd’hui, tu vas sur Internet, tu télécharges l’album et puis, comme tu vois que l’on s’est foutu de toi, tu ne l’achètes pas, tout simplement ! Du coup, ça va inciter à plus de sérieux de la part de l’industrie du disque, avec des albums plus pensés, de vrais concepts, une identité, des gens qui se respectent. Je pense qu’on aura tous à y gagner.
Quelle est la part de réécriture pour les concerts ?
Forcément, c’est un format musical où l’on aurait vite fait de repartir dans le «recracher » d’album, donc c’est pas intéressant. Moi, j’avais envie de garder quand même des éléments, le sampling, et ne pas être complètement dans la formule tout live, tout acoustique non plus. Sur scène, j’ai conservé les platines, le sampler et les machines. L’idée, c’est d’essayer d’utiliser les platines au maximum pour qu’il y ait ce côté tactile et pour que l’on voit ce qui se passe. Il y a aussi eu un travail de réécriture, de repenser dans un contexte live, sachant que c’est une musique qui est écrite malgré tout, que l’on est pas dans le free-jazz avec des impros de fous. Mais l’idée, c’est quand même de proposer quelque chose de différent et d’essayer de le réinventer un petit peu par rapport à l’album.
Wax Tailor, « Tailleur de cire » en français, pourquoi ce pseudo ?
Quand j’ai commencé à travailler sur ce projet, j’ai essayé de trouver quelque chose qui résume bien ma méthode de travail. Et mon instrument de prédilection, depuis 15 ans, c’est quand même le sampler, donc l’échantillonneur, et sa nourriture favorite, ça reste le vinyle, donc la cire. Ma façon d’appréhender la musique, elle est complètement axée sur l’habillage, sur l’évocation. Quand je faisais du rap, je faisais toujours les textes d’abord. J’ai toujours eu l’impression de faire une musique qui était une sorte de costume sur mesure. J’aime bien l’idée d’habiller un morceau et lui donner une couleur. Donc « tailleur de cire » me semblait bien résumer la situation !
Propos recueillis et photos : Jean-Baptiste Fontana